Attentats : homélie du Père Klasen 11 janvier 2015

Publié le par la paroisse

Ecoutez l'homélie ici  (à partir de 2'20 et jusqu'à la fin)


 

« Je voudrais aujourd’hui exceptionnellement vous parler de deux choses qui n’ont pas de rapport avec la fête du baptême du Christ que nous célébrerons toutefois par les oraisons de ce dimanche. J’évoquerai la figure du père Pierre Bonnefond qui est décédé cette semaine. Mais tout d’abord [je souhaite] réfléchir avec vous à ces attentats qui meurtrissent la France ces jours-ci. 5 points à propos de cette tuerie.


1. Comme tout le monde, je suis assez abasourdi par ces faits, mais pas par leur violence, ni par le nombre des victimes ; nos frères chrétiens d’Orient se nourrissent de ce pain amer chaque semaine depuis 3 ans. Non. Je suis stupéfait du niveau de haine et d’imbécilité que cela suppose. J’ai entendu Ghaled Ben-cheickh – cet homme qui anime le dimanche matin l’émission Islam sur France 2 – qui intervenait dans ce sens jeudi matin. Il rappelait la nécessité de réduire l’épaisseur d’ignorance religieuse qui favorise les interprétations étriquées et fantasmées et les greffes intégristes. Bien sûr, il y aura toujours des personnes capables de ce genre de gestes, on ne peut pas éradiquer ces pathologies, mais ceux qui les portent sont en nombre proportionnel à l’ignorance et à l’inculture. Quand celle-ci est massive, elle forme le milieu de vie des fanatiques.

 

2. Le second point que je voulais dire, c’est qu’il faudra quand même éviter de faire du ton général de ce journal un idéal, éviter aussi de canoniser les victimes. Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de vertu (au sens grec) chez ces railleurs, sauf peut-être celle du courage. Il faut, je crois, éviter ce ton sarcastique, dégradant et méprisant, non pas par crainte d’être tué par un malade, mais tout simplement par respect pour ceux que l’on veut contester. Il ne faut pas confondre humour et insulte ou avilissement.

 

3. Cependant, nul ne peut se permettre de prononcer une sentence de mort à l’encontre d’une opinion, même venimeuse ou méprisante. On prête à Voltaire cette phrase : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le faire. » Il n’a jamais dit ça, mais à propos d’un penseur condamné pour un écrit : « Cet homme valait mieux que tous ses ennemis ensemble ; mais je n’ai jamais approuvé ni les erreurs de son livre, ni les vérités triviales qu’il débite avec emphase. J’ai pris son parti quand des hommes absurdes l’ont condamné ».

 

4. Le quatrième point concerne Onfray que j’entendais faire la louange de ce genre de médias anticléricaux, antireligieux, antimilitariste, car "c’est là, dit-il, qu’est la source de la violence" ! Je pense plutôt qu’il ne faut pas promouvoir ce qui est anti. Je pense encore qu’Onfray a mal observé l’histoire du siècle passé, un des plus guerriers. Ni Mao, ni Pol Pot, ni Hitler, ni Staline n’étaient, je crois bien me souvenir, de grands religieux et pourtant ils ont été grands pourvoyeurs de charniers. Ni les Brigades Rouges, ni les indépendantistes corses ne se sont nourris de religion ! Je pense enfin que c’est ce genre de discours absurdes qui nourrissent  les simplismes promoteurs de violence.

 

Les chrétiens doivent tenir 4 règles :

- Il faut toujours faciliter les rencontres, refuser le mépris, aller au-devant de l’autre, autant que possible. Ça, c’est par rapport aux musulmans.

- Notre attitude doit être de respect, même à l’encontre de nos adversaires, nous avons sûrement à apprendre de leur critique.

- Jamais le chrétien ne réplique à ceux qui veulent le détruire, en cherchant à son tour à les détruire.

- Notre mission, c’est de rappeler et de tenir à rappeler que ce monde contrairement à ce que prétendent quelques « libres penseurs », ce monde n’est pas libéré parce que vidé de la question du sens, ce monde ne grandit pas quand décroît le goût de l’absolu.

 

Mais, je voudrais, c’est quand même plus heureux, dire un mot du père Pierre Bonnefond qui est décédé mercredi. Si je dis que c’est plus heureux, c’est parce que c’est une belle vie qui s’achève. Nous en rendrons grâce. Et je crois que beaucoup parmi vous savent le bien qu’il a pu faire. Deo gracias, c’était un prêtre simple et proche des gens, tout rempli de souci pastoral et d’un esprit de paix. Ses dernières années se sont déroulées dans cette paix et je pense pouvoir le dire, tout était prêt en lui pour quitter ce qui passe. Mais il vous garde, c’est sûr, il était attaché à cette paroisse où il a vécu 20 ans.

 

Le jour où nous célébrons le baptême du Christ, il est bon de rappeler que le Christ a voulu ce geste pour se placer dans le Jourdain à la frontière de la Terre Promise. Il en est la Porte. Mourir est un baptême, notre Terre Promise, c’est Dieu. »


Bernard Klasen

 

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Publié dans Homélies du dimanche

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florence riviere 17/01/2015 18:23

merci Cher Père Klasen pour cet Homélie si juste et résonnante . Il est bon de venir vous écouter ou de vous lire le cas échéant

Emmanuelle Vermonet 14/01/2015 10:39

Merci au Père Klasen pour la qualité de son homélie. EV

Mme Brierre 12/01/2015 16:24

Bravo et merci pour ce beau sermon de dimanche 11 ; j'aurais voulu, comme aux USA, applaudir à la fin ! Je l'ai imprimé pour relecture et diffusion à d'aucuns un peu délirants sur les faits de ces
jours derniers.
Merci encore, Mme Brierre